Pourquoi je kiffe autant l’écologie profonde

J’ai pu observer autour de moi trois grandes postures relatives à la question de la consommation de viande, qui traduisent finalement les trois grands courants idéologiques actuels en matière de droit du vivant. En grossissant le trait, ça donne ça, avec souvent, des postures intermédiaires et croisées :

L’environnementaliste, amoureux.se de la nature, opposant souvent humain et nature, en rejet de l’activité humaine et prônant la sanctuarisation des espaces naturels. Dans son assiette :  moins de viande pour limiter ses émissions de CO2, avec des initiatives comme le « lundi vert ».

L’humaniste qui considère que les efforts environnementaux à fournir doivent l’être au bénéfice de l’humain avant tout. Dans son assiette : une viande de meilleure qualité, produite par des éleveurs français.

L’animaliste, sensible à la condition animale, militant pour plus de bien-être (wellfariste) ou pour la fin de toute exploitation animale (abolitionniste).  Dans son assiette : une alimentation en grande partie végétale, exempte de produits laitiers et d’oeufs pour les vegans.

Je me suis souvent demandée pourquoi ces silos de la pensée ont tant de mal à se rencontrer alors qu’ils ont tant d’intérêts en commun.  Où se cachent les systémicien.ne.s qui embrassent toutes les causes sans les opposer ?

C’est pour cela que j’aime tant l’écologie profonde. Elle réconcilie l’écologie intérieure et l’écologie extérieure, la science et la spiritualité. Prendre soin à la fois de son âme, de la société et de la Terre. Satish Kumar appelle cela la nouvelle Trinité. Pour lui, la diversité n’est pas séparation : nous procédons d’une réalité unique qu’est la nature.

N’est-il pas réducteur de « créer du droit » en fonction des espèces, des races, des catégories alors que nous connaissons aujourd’hui l’interdépendance du vivant ? Que nous soyons rivière, forêt, éléphant, enfant…nous formons la Communauté des Vivants. N’avons nous pas tous un droit intrinsèque à exister ? C’est ce que prône l’écologie profonde ou écosophie.

Aujourd’hui, si je me bats sur le terrain pragmatique du droit constitutionnel, j’appelle à un nouveau militantisme en coulisses : celui qui réconcilie l’action et l’incarnation, guidée par le coeur et la compassion.

Merci Arne Naess, père fondateur de l’écologie profonde, pour les travaux que tu nous a laissé et qui m’ont tant inspiré. J’aurais aimé te rencontrer.