HOMMAGE AUX GEORGES DE LA TERRE

De mon point de vue, la question animale est éminemment genrée.
La cause animale me semble être l’une des plus catalysatrices des valeurs féminines de notre temps. En cette période mouvementée de #metoo, #balanceton et #écoféminisme, il m’a parut interessant d’aborder le sujet.

Au sein de la cause animale, les femmes semblent manifester d’avantage que les hommes leur énergie guerrière au service de la Vie. Aspas, OneVoice, L214,WWF… pour ne citer qu’elles, les associations de protection animale que je rencontre, à l’échelon local comme national, sont en majorité dirigées par le genre féminin. Mon constat s’étend dans tous les domaines qui s’emparent de la question animale aujourd’hui : politique, scientifique, éthique…

Le droit ne fait pas exception. 2 exemples m’ont notamment marqués dans ce domaine avec deux décisions inédites : celle de la juge Maria Alejandra Mauricio du tribunal civil de Mendoza (Argentine) qui a accordé à un chimpanzé le statut de « personne non humaine », et quelques années plus tôt, celle de la magistrale Elena Liberatoriun qui attribua à un orang outan des droits similaires.

En miroir, le masculin est plus souvent campé dans la peau de l’oppresseur. Eleveur, boucher, chasseur sont en première ligne, même si ces dames sont souvent présentes à leurs côtés, en soutien de leurs époux. J’ai récemment consulté une carte des démarches des élevages engagés pour le bien-être animal. J’y ai trouvé une majorité de femmes promeuvant leurs pratiques. Cela a confirmé mon ressenti que les femmes sont plus enclines à prendre en considération les êtres plus vulnérables.

Les changements des comportements alimentaires avec notamment l’adoption d’un régime végétarien sont aussi majoritairement portés par le sexe féminin. C’est d’ailleurs le critère le plus notable qui émane des premières études psychosociologiques (Ruby 2010, Mathieu et Dorard 2016, Janssen et al. 2016b) et économiques (Lusk et Norwood 2016) sur les végétariens dans les pays développés. Au sein du couple, j’entends ce sujet revenir de plus en plus fréquemment jusqu’à parfois devenir un motif de rupture, lorsque des résistances s’installent chez ces messieurs. On notera que les représentations entre virilité et consommation de viande sont toujours vivaces au sein de nos sociétés, à tel point que des films comme l’excellent The Game Changers s’emploient à les déconstruire.

Intuitivement, je m’explique la prédominance du féminin dans la cause animale par plusieurs éléments : le lien à la Vie, que la femme tisse de manière plus étroite que l’homme pendant la période de gestation et de soin au nouveau né. Sa capacité emphatique et émotionnelle naturelle se conjugue au mécanisme projectif de la vulnérabilité. La femme opprimée, maltraitée, rejetée, brulée, forcée, raillée, possédée, fut à une autre époque considérée comme la propriété de son mari au regard du droit. Comme l’animal aujourd’hui. Petit à petit, elle a réussi à conquérir les mêmes droits que les hommes, jusqu’à celui de voter, en 1944. La bataille des suffragettes casseuses de vitrines n’est d’ailleurs pas sans rappeler les méthodes employées aujourd’hui par les antispécistes contre les boucheries et les élevages industriels.

Maintenant, venons-en à Georges.

Dans leur manière de se comporter avec les femmes, je vois principalement deux postures masculines, qui parfois cohabitent : l’homme sauveur qui considère la femme comme un être vulnérable qu’il doit protéger, et l’oppresseur qui va asservir et humilier le féminin parfois par une simple petite blague sexiste, sans même en avoir conscience. Plus rares sont ces hommes du milieu, qui considèrent la femme comme leur égale, et qui vont leur offrir leur force pour se battre à leurs côtés. Et non se battre à leur place. Ces hommes qui n’ont pas peur de la puissance du féminin, et en ont accepté leur propre part.

Ce sont ces hommes là que j’appelle de mes voeux, aux côtés de toutes ces femmes qui commencent à oser prendre leur place dans le monde. J’en ai rencontré un au sanctuaire La Garie. Il s’agit de Georges qui a épousé Stéphanie et son grand rêve avec. Il se dédie au sanctuaire et aux travaux difficiles pour qu’elle puisse donner vie à ce projet dont elle rêve depuis son enfance : accueillir et s’occuper de plusieurs centaines d’animaux. Il sait trouver sa juste place avec une immense douceur et détermination. « Je suis à son service, au service de son rêve » m’a t’il confié lors d’un de nos échanges.

J’ai aussi de la chance d’en avoir aussi un comme ça dans ma vie.

Ce texte, je le leur dédie.
A tous les Georges de la Terre.
Et à tous les Jean-François aussi.